Dossier
Le Sud sauvage
Entre Saint-Joseph et Sainte-Rose, la route longe une côte que le volcan refait régulièrement. Ni lagon ni hôtels de bord de mer : des falaises de basalte, des coulées de lave et des villages qui vivent au rythme de l’Enclos.
On appelle Sud sauvage la façade sud-est de l’île, celle qui n’a pas de barrière de corail et qui reçoit l’océan de plein fouet. C’est la portion de littoral la plus jeune de La Réunion, parce que c’est la seule qui soit encore en construction : les coulées du Piton de la Fournaise descendent jusqu’à la mer et agrandissent l’île à chaque éruption importante.
Le secteur se parcourt d’ouest en est, de Saint-Joseph à Sainte-Rose, en suivant la route nationale. Une journée permet d’en voir l’essentiel sans courir, à condition de ne pas vouloir y ajouter le volcan, qui se monte depuis la Plaine des Cafres et mérite sa propre journée.
Saint-Joseph et la vallée de Langevin
Saint-Joseph est une ville de travail plus qu’une ville de visite : on y passe, on y fait des courses, et on tourne vers l’intérieur. La route qui remonte la rivière Langevin est le vrai motif d’arrêt, avec ses bassins successifs et, au bout, la cascade du Grand Galet. Elle est traitée en détail dans notre dossier sur les cascades, et elle se fait tôt : le parking est saturé en milieu de matinée, surtout le week-end.
Au-dessus de Saint-Joseph s’ouvrent aussi les vallées de la Rivière des Remparts et de la Rivière Langevin, deux canyons habités où partent des sentiers longs. C’est un terrain de randonneur, pas de promeneur.
Grande Anse
Administrativement à Petite-Île, juste avant Saint-Joseph quand on vient de l’ouest. Une anse de sable clair fermée par des falaises et une cocoteraie, avec un bassin de baignade construit dans la roche sur le côté. La mer y est dangereuse et interdite, le bassin ne l’est pas, et c’est là que tout le monde se met à l’eau. Venez tôt le matin ou en fin d’après-midi : la lumière est meilleure et l’aire de pique-nique n’est pas encore prise.
Manapany-les-Bains
Quelques kilomètres plus loin, un autre bassin taillé dans le basalte, au pied d’un village tranquille. Plus petit, plus confidentiel, parfait pour une baignade sans foule. Manapany est aussi le dernier territoire d’un petit gecko vert endémique qui ne vit nulle part ailleurs au monde, ce qui explique les panneaux de protection et les haies replantées dans le village.
Vincendo, Basse-Vallée et le Cap Méchant
Après Saint-Joseph, le paysage change : la côte se redresse, les falaises noires remplacent le sable, et les villages s’espacent. C’est la portion la plus caractéristique du Sud sauvage.
Le Cap Méchant
À Saint-Philippe, une avancée de basalte sombre sur laquelle l’océan se brise avec une violence qui surprend, surtout par houle australe. Le sentier littoral court au bord de la falaise, à travers une forêt de vacoas qui donne au lieu son caractère. Il y a une aire de pique-nique très fréquentée le dimanche, des tables à l’ombre et, de part et d’autre, de quoi marcher une heure sans croiser grand monde. Restez en retrait du bord : les vagues passent par-dessus la roche sans avertissement.
La Pointe de la Table
Un peu plus à l’est, un cap entièrement constitué de lave récente. L’éruption de 1986 s’est produite hors de l’Enclos, à basse altitude et à proximité des habitations, et sa coulée est arrivée à la mer en gagnant plusieurs dizaines d’hectares sur l’océan. Des maisons ont été détruites. Quarante ans plus tard, on marche sur une plateforme de basalte où la végétation commence à peine à reprendre, ce qui en fait un lieu étrangement nu, utile pour comprendre ce que fabrique une éruption.
La forêt de Mare Longue
Au-dessus de Saint-Philippe, l’un des rares vestiges de forêt tropicale de basse altitude de l’océan Indien, avec des sentiers courts et balisés par l’Office national des forêts. Humide, dense, sombre : rien à voir avec les forêts de tamarins des Hauts. C’est aussi dans ce secteur que se cultive la vanille sous bois, une activité qui a façonné l’économie locale.
Le Grand Brûlé et la route des laves
C’est le cœur du sujet. Le Grand Brûlé est la grande pente par laquelle le volcan descend à la mer, un couloir de plusieurs kilomètres de large où rien ne pousse durablement parce que tout est régulièrement recouvert. La route nationale le traverse, et ce tronçon porte le nom de route des laves.
On roule entre des champs de basalte noir datés par des panneaux, on s’arrête sur des aires aménagées, on marche quelques dizaines de mètres sur des coulées figées. Les plus récentes sont luisantes, cordées, encore tranchantes ; les plus anciennes se couvrent de fougères et de filaos. Le contraste entre la lave noire et l’océan bleu est ce que les visiteurs retiennent le plus souvent de leur séjour.
Deux précautions. La lave coupe : des chaussures fermées sont indispensables, et marcher dessus en tongs est une mauvaise idée. Et il n’y a pas d’ombre : au milieu de la journée, la réverbération sur le basalte noir est éprouvante.
Sainte-Rose et l’Anse des Cascades
L’Anse des Cascades
Juste après le Grand Brûlé, une petite baie où plusieurs cascades tombent directement dans une cocoteraie, au-dessus d’un abri de pêcheurs encore en activité. C’est l’un des lieux les plus photogéniques de la côte, et l’un des plus fréquentés le week-end. Quelques tables, de l’ombre, et une eau douce qui court partout.
Notre-Dame des Laves
À Piton Sainte-Rose, une église que la coulée de 1977 a contournée : la lave est entrée par un côté, s’est arrêtée dans l’édifice, et le reste du village a brûlé. On peut aujourd’hui en faire le tour et voir la roche figée contre les murs. Le lieu reste une église en fonction, pas un musée : visitez-le comme tel.
Sainte-Rose
Le bourg, son port de pêche et sa vue sur le Piton de la Fournaise par temps clair ferment le parcours. Au-delà commence la côte Est, plus verte et plus habitée.
Dormir et manger dans le secteur
L’hébergement est ici affaire de chambres d’hôtes et de gîtes, pas d’hôtels de bord de mer : il n’y en a pas. C’est précisément l’intérêt du secteur pour qui cherche autre chose que la côte ouest, à condition d’accepter des routes longues et peu d’animation le soir. Côté table, la cuisine créole de bord de route et les petits restaurants de village constituent l’essentiel de l’offre.