Dossier
La côte Est
C’est la façade au vent : celle qui reçoit la pluie, celle qui est verte toute l’année, celle que les brochures montrent le moins. On y trouve l’eau douce, la canne, les temples tamouls et la plus belle forêt de l’île.
La côte Est se parcourt de Sainte-Suzanne à Sainte-Rose, le long de la route nationale, avec des incursions vers l’intérieur qui sont souvent le vrai motif du déplacement. Elle n’a pas de plage de baignade, pas de lagon, pas d’hôtellerie balnéaire. Elle a la végétation, les rivières, les bassins, et une vie locale qui ne tourne pas autour du tourisme.
Dit autrement : si vous venez à La Réunion pour vous allonger au bord de l’eau, l’Est n’est pas pour vous. Si vous venez pour comprendre l’île, vous y passerez plus de temps que prévu.
Sainte-Suzanne
Première commune en sortant du Nord, et une bonne entrée en matière. Le phare de Bel-Air, construit au début du vingtième siècle, est le seul phare de l’île ; il se repère de loin, se photographie bien, et ses conditions de visite se vérifient auprès de la commune.
Le territoire concentre surtout de l’eau douce : la cascade Niagara, large et accessible en voiture, le bassin Bœuf au bout d’un sentier escarpé, le bassin Grondin. La baignade y est réglementée et les arrêtés changent dans l’année, il faut regarder les panneaux sur place. Autour, la canne occupe tout l’espace disponible, et l’une des deux dernières usines sucrières de l’île travaille dans le secteur pendant la campagne, de juillet à décembre. Les files de camions chargés font partie du décor, et ralentissent sérieusement la circulation.
Saint-André et la culture tamoule
Saint-André est la ville de l’île où la culture indienne est la plus visible dans l’espace public. Les engagés venus du sud de l’Inde après l’abolition de l’esclavage se sont installés en nombre dans cette région sucrière, et leurs descendants ont construit des temples qu’on voit depuis la route, reconnaissables à leurs tours sculptées et peintes.
Le temple du Colosse est le plus connu. Les édifices religieux hindous restent des lieux de culte en activité : on les visite avec l’accord des responsables, pieds nus, vêtu correctement, et jamais en période de cérémonie sans y avoir été invité. Les photographies à l’intérieur se demandent.
Deux moments de l’année transforment la ville. Dipavali, la fête des lumières, donne lieu en octobre ou novembre à un programme public de plusieurs jours, avec défilés et illuminations. En début d’année, les cérémonies du cavadee et, selon les temples, les marches sur le feu rassemblent beaucoup de monde. Ce sont des rites, pas des spectacles : on y assiste en spectateur discret.
Bras-Panon
Petite commune, deux spécialités. La vanille d’abord : la coopérative locale prépare et vend la vanille Bourbon, et la visite explique la pollinisation manuelle, l’échaudage et les mois de séchage qui font le prix de la gousse. C’est l’une des rares visites agricoles réellement pédagogiques de l’île.
L’eau ensuite. La rivière des Roches abrite le bassin La Paix, au bout d’un sentier court et très fréquenté le dimanche, et le bassin La Mer, une heure de marche plus haut en remontant le lit. C’est aussi à l’embouchure des rivières de l’Est que se pêchent les bichiques, les alevins qui remontent le courant par bancs et qui constituent le plat le plus cher de la cuisine réunionnaise.
Saint-Benoît et l’intérieur
Saint-Benoît est la ville-carrefour de l’Est : on y bifurque vers la Plaine des Palmistes et les Hauts, ou l’on continue vers le Sud sauvage. La ville elle-même se traverse ; l’intérêt est dans ce qui l’entoure.
La forêt de Sainte-Marguerite
Sur la route de Takamaka, une forêt humide traversée par la rivière, avec des bambous géants, des kiosques et des tables. C’est un lieu de pique-nique réunionnais autant qu’un site naturel : vous y verrez des familles installées pour la journée, marmites comprises. L’ombre y est permanente et le sol souvent détrempé.
Takamaka
Au bout de la route qui remonte la rivière des Marsouins, un belvédère sur une vallée encaissée où plusieurs cascades tombent des remparts. Le site est aussi celui d’un aménagement hydroélectrique, ce qui a une conséquence pratique : le débit de la rivière peut varier, et les descentes de canyon du secteur se font exclusivement avec des professionnels qui connaissent les horaires de lâchers.
Sainte-Anne
Un village au bord de la route nationale, avec une église dont la façade couverte de décors sculptés n’a pas d’équivalent sur l’île. L’arrêt prend dix minutes et vaut le détour.
Le Grand Étang
Un plan d’eau au fond d’une vallée fermée, accessible par une piste puis un sentier plat d’une heure environ. En saison des pluies, l’étang est plein et une cascade tombe du rempart au fond ; en saison sèche, il peut se réduire à une prairie marécageuse. Renseignez-vous avant d’y aller pour ne pas être déçu.
La route de Bébour-Bélouve
C’est, pour beaucoup, le plus beau paysage forestier de La Réunion. Depuis la Plaine des Palmistes, une route forestière monte au col de Bébour puis file vers Bélouve, au-dessus du cirque de Salazie, à travers une forêt de tamarins des Hauts aux troncs tordus et couverts de mousse et de lichens. Quand la brume passe entre les arbres, on comprend pourquoi ce décor sert de référence à l’île.
Du gîte de Bélouve partent le sentier du Trou de Fer et plusieurs boucles plus courtes. Trois choses à savoir : la route est gérée par l’Office national des forêts et peut être fermée pour travaux ou météo, la brume s’installe en fin de matinée comme partout dans les Hauts, et il fait franchement frais. Partez tôt, et acceptez l’idée que le belvédère du Trou de Fer soit dans les nuages.
Dormir dans l’Est
L’offre est faite de chambres d’hôtes, de gîtes et de quelques petits hôtels, principalement autour de Saint-Benoît, de la Plaine des Palmistes et de Sainte-Anne. C’est le meilleur point de chute pour enchaîner Bébour-Bélouve, le Grand Étang et les bassins sans faire de grands trajets, et les tarifs y sont en général plus bas que sur la côte ouest. La contrepartie est connue : il pleut, et les soirées sont calmes.