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Dossier

Salazie et Hell-Bourg

Le cirque le plus arrosé de l’île, et de loin le plus vert : des cascades visibles depuis la route, un village créole classé, et au-dessus, une forêt de tamarins qui mène au Trou de Fer. À condition d’y être le matin.

Salazie s’ouvre sur l’est de l’île, face aux alizés. Il reçoit l’essentiel des pluies, et cela se voit : les remparts y sont entièrement couverts de végétation, l’eau descend de partout, et le vert y est d’une saturation qu’on ne trouve pas dans Cilaos, pourtant à quelques kilomètres à vol d’oiseau. Le prix de cette luxuriance, c’est la brume. Salazie se mérite le matin.

Le cirque se visite facilement, sans marcher, par une route qui le remonte depuis Saint-André. C’est l’un des rares endroits de l’île où le paysage spectaculaire se donne depuis la voiture. Mais c’est aussi le point de départ de deux itinéraires majeurs : la traversée vers Mafate par le col des Bœufs, et la montée dans la forêt de Bélouve.

900 menviron, altitude de Hell-Bourg
1route d’accès, depuis Saint-André
Avant 10 hla fenêtre de ciel clair
Mai — novpour marcher au sec

Y aller

La route quitte Saint-André et remonte la vallée de la rivière du Mât, encaissée, verte, bordée de parois. Elle est moins vertigineuse que celle de Cilaos mais plus humide, et les chutes de pierres y sont fréquentes après la pluie. On traverse le village de Salazie, puis la route se divise : à droite vers Hell-Bourg, à gauche vers Grand Îlet et Le Bélier.

Entre Salazie et Hell-Bourg, le Voile de la Mariée se voit depuis un belvédère en bord de route, sans un pas de marche. C’est l’arrêt obligé, et il est beaucoup plus impressionnant après une nuit de pluie, quand les filets d’eau deviennent des torrents. Les autres chutes du cirque sont décrites dans notre dossier sur les cascades.

Hell-Bourg

Le village porte le nom d’un ancien gouverneur de la colonie, et il doit son existence à ses sources d’eau chaude : au dix-neuvième siècle, on y montait en chaise à porteurs pour prendre les eaux. L’activité thermale a disparu, le village est resté, et il figure aujourd’hui parmi les plus beaux villages de France.

L’architecture créole

C’est la vraie raison de venir. Hell-Bourg conserve un ensemble cohérent de cases créoles de montagne, avec leurs varangues, leurs lambrequins de bois découpé sous les toits, leurs portails et leurs guetalis, ces petits kiosques de jardin d’où l’on observait la rue sans être vu. Les jardins sont plantés d’hortensias, de fuchsias et d’arums, qui poussent ici comme dans un climat tempéré.

La visite se fait à pied, en une heure ou deux, en remontant la rue principale et en poussant dans les rues transversales. Une maison de notable de la fin du dix-neuvième siècle, avec son jardin d’agrément, se visite dans le village : c’est la meilleure manière de comprendre comment on vivait dans ces cases.

Les vestiges des thermes

Au bas du village, un sentier court mène aux ruines de l’ancien établissement thermal, abandonné après un éboulement. Il ne reste que des murs dans la végétation, et c’est précisément ce qui en fait l’intérêt : la forêt reprend tout, très vite, à cette altitude et sous cette pluviométrie.

Le fond du cirque

La branche de gauche, vers Grand Îlet, est moins fréquentée et plus agricole. On longe la Mare à Poule d’Eau, un plan d’eau dominé par une haute cascade, puis on monte à travers les cultures jusqu’à Grand Îlet, bourg étalé sur un replat, avec son église en bois.

La route se termine au Bélier, et c’est de là que part l’accès routier le plus court à Mafate. On laisse le véhicule sur un parking surveillé en bout de route, puis on marche jusqu’au col des Bœufs, qui ouvre sur le cirque voisin. Une navette relie le parking au départ du sentier ; renseignez-vous sur place pour les horaires du jour.

Ce fond de cirque est instable par nature. À la fin du dix-neuvième siècle, un éboulement de grande ampleur a emporté un hameau entier dans ce secteur, et les remparts continuent de travailler : les routes de Salazie portent partout les traces de confortements récents.

La forêt de Bélouve et le Trou de Fer

Au-dessus de Hell-Bourg commence un autre monde. La forêt de Bébour-Bélouve est une forêt primaire de tamarins des Hauts, ces acacias endémiques aux troncs tordus couverts de mousses et d’orchidées, qui vivent presque en permanence dans le brouillard. Le sol est spongieux, l’air sent l’humus, et la lumière y arrive filtrée.

C’est depuis cette forêt qu’on atteint le belvédère du Trou de Fer, un gouffre où plusieurs cascades tombent ensemble. Deux approches existent : par la route forestière, depuis la Plaine des Palmistes, qui est l’option confortable ; ou à pied depuis Hell-Bourg, par un sentier qui grimpe le rempart de plusieurs centaines de mètres de dénivelé et qui se gagne. Dans les deux cas, acceptez l’idée de ne rien voir du belvédère : il est dans les nuages une grande partie de l’année.

Deux randonnées depuis le cirque

Le Piton d’Anchaing se dresse au milieu du cirque, isolé, et porte le nom d’un esclave marron qui s’y serait réfugié. La montée depuis les îlets au-dessus de Hell-Bourg est raide et courte ; le sommet donne un tour d’horizon complet sur les remparts. Comptez une demi-journée.

Le col des Bœufs, depuis Le Bélier, peut se faire en aller-retour à la journée simplement pour la vue sur Mafate, sans descendre dans le cirque. C’est l’une des plus belles récompenses à l’effort de l’île.

Le chouchou, et ce qu’on mange

Salazie est le pays du chouchou. La plante grimpe sur des tonnelles qui couvrent des versants entiers et forment des tunnels au-dessus des chemins. On en mange le fruit en gratin, en daube, en salade, et les jeunes pousses, les brèdes chouchou, en bouillon. Les tables du cirque en font leur signature, avec le canard à la vanille et les confitures de fruits de montagne.

Quand venir

De mai à novembre, les sentiers sont moins boueux et les matinées plus souvent claires. De décembre à avril, le cirque est à son maximum de végétation et les cascades à leur plein débit, mais la pluie est quotidienne et la route peut être coupée après un épisode fort. Dans tous les cas, Salazie demande un peu de chance et beaucoup de ponctualité : les visiteurs qui repartent déçus sont presque toujours ceux qui sont arrivés à midi.