À faire
Écouter du maloya
Né dans les camps d’esclaves des plantations, inscrit au patrimoine immatériel de l’humanité en 2009. On l’écoute en salle, en festival, ou en kabar — qui n’est pas un spectacle pour visiteurs.
- Où Partout sur l’île ; les scènes les plus actives sont à Saint-Pierre, Saint-Denis et au Port
- Durée Un concert de 2 h ; un kabar dure jusqu’à ce qu’il s’arrête
- Quand Toute l’année ; très fort autour du 20 décembre
- Budget Gratuit en kabar et sur les scènes de quartier ; 10 à 30 € en salle
- Avec des enfants Oui, les enfants sont présents partout, y compris tard
- Réservation Oui pour les salles et les festivals ; un kabar ne se réserve pas
Le maloya est né dans les plantations sucrières, chez les esclaves malgaches et africains, comme un dialogue entre un soliste et un chœur porté par les percussions. Il a d’abord accompagné le culte des ancêtres — le servis kabaré — avant de devenir un chant de plainte, puis un chant politique. Longtemps marginalisé et de fait tenu à l’écart des scènes et des ondes, il est redevenu central dans l’identité réunionnaise à partir des années 1970, et a été inscrit par l’UNESCO sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité en 2009.
Ce qu’on entend
Trois instruments portent la musique. Le roulèr, gros tambour sur lequel le musicien s’assoit, tient la pulsation. Le kayamb, cadre plat rempli de graines de canne, donne le souffle et le balancement. Le pikèr marque le temps sur un bambou, souvent avec le sati et le bobre. La forme est cyclique : une phrase lancée par le chanteur, reprise par le groupe, qui s’installe et accélère. Il n’y a pas de montée vers un refrain, il y a une transe qui se construit. Si vous attendez une structure couplet-refrain, les premiers morceaux vous paraîtront longs ; c’est le moment de ne pas partir.
Le maloya s’est aussi croisé avec le rock, le reggae et le jazz, et beaucoup de groupes actuels jouent des formes électrifiées. Les deux existent sans se contredire.
Le kabar, et comment y assister
Un kabar n’est pas un concert. C’est un rassemblement — dans une cour, sous un abri, dans une salle de quartier, chez quelqu’un — où l’on joue, où l’on chante et où l’on danse ensemble, souvent sans scène, sans affiche, sans billetterie et sans heure de fin. Il peut avoir une dimension familiale ou rituelle. Ce n’est pas une prestation prévue pour un public extérieur, et s’y installer comme spectateur est le meilleur moyen d’être à côté.
On y va donc autrement. On y est amené par quelqu’un : un hôte de chambre d’hôtes, un musicien rencontré en concert, une association culturelle. On demande avant d’entrer si on peut rester. On ne photographie pas et on ne filme pas sans avoir demandé, surtout si le kabar a une dimension de culte. On apporte quelque chose à partager, comme n’importe quel invité. On ne se met pas au premier rang, on ne demande pas de morceau, et on danse si on en a envie plutôt que de regarder depuis le bord avec un téléphone. Et on repart sans attendre la fin si on fatigue : personne ne vous retient, personne ne vous reproche de partir.
Les occasions plus simples
Pour une première écoute, le plus facile reste les scènes publiques. Les salles de musiques actuelles du Port et de Saint-Pierre, les scènes nationales, les médiathèques et les communes programment régulièrement des concerts de maloya, souvent à prix modeste ou gratuits. Les festivals de l’hiver austral et les grandes dates culturelles en proposent presque toujours. Le 20 décembre, jour de commémoration de l’abolition de l’esclavage, est le moment le plus dense de l’année : kabars, défilés et concerts partout sur l’île, souvent en plein air et gratuits. C’est la meilleure date pour entendre du maloya là où il a sa place.
À savoir avant d’y aller
- Consultez les programmations des salles du Port, de Saint-Pierre et de Saint-Denis quelques semaines avant votre séjour : tout n’est pas annoncé sur les sites touristiques.
- Si vous êtes sur l’île le 20 décembre, ne prévoyez rien d’autre ce jour-là.
- En kabar, demandez avant de photographier ou de filmer, et acceptez un refus sans insister.
- N’arrivez pas avec une liste de morceaux à entendre : le répertoire se décide sur place.
- Écoutez Danyèl Waro, Granmoun Lélé, Firmin Viry ou Christine Salem avant de venir ; vous reconnaîtrez les formes.
- Les concerts commencent tard, parfois vers vingt et une heures, et la route de nuit dans les Hauts se conduit prudemment.
Vigilance Méfiez-vous des soirées vendues comme « kabar traditionnel » dans un cadre hôtelier : ce sont des spectacles, parfois bons, mais ils ne sont pas ce qu’annonce le mot. Un vrai kabar ne se vend pas. Et une partie du maloya reste liée au culte des ancêtres : si on vous accueille dans ce cadre, vous êtes dans un espace rituel, pas dans une animation.